Les RG à l’écoute de la France : Police et politique de 1981 à 1997

Francis Zamponi

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Les Renseignements généraux ont un petit souci: on veut

régulièrement les faire disparaître, de François Léotard, du temps où il pesait un peu, à Bruno Leroux, l'expert du PS pour la police. Les policiers se rassurent en se disant qu'une fois que le pouvoir politique a goûté aux RG, il a du mal à s'en passer. Au point qu'Yves Bertrand, l'inamovible patron de la direction centrale des RG, nommé par la gauche en 1992, est en passe de battre le record de longévité de la maison. En dépit d'une montagne d'ennuis, de corbeaux et de convocations devant le juge.

Les RG survivent, mais continuent à sentir un peu le soufre, pas toujours sans raisons. Reste que les gouvernements ont accepté jusqu'ici «la régulation par le scandale d'un service de l'Etat», comme l'a écrit le préfet socialiste Jacques Fournet, parce que les RG forment aussi un outil jugé irremplaçable pour prendre le pouls du pays jusque dans les bourgs les plus reculés. Et s'enorgueillissent de réels succès contre le terrorisme, les violences urbaines ou les sectes.

Francis Zamponi, longtemps spécialiste de la police à Libération et fin connaisseur de la Grande Maison, s'est penché avec prudence sur ce service de renseignements. Il en fait un tableau rapide, mais complet, pimenté par le récit d'affaires en cascade, une sorte d'état des lieux qui constitue une utile mise au point pour tous ceux qui ont manqué un épisode. En témoigne l'affaire peu connue de Montreuil, lorsqu'en 1985 l'un des cinq membres d'un groupe d'extrême gauche est pincé avec une bouteille de gaz et de l'essence dans une agence de l'ANPE. L'homme avoue que l'opération a été montée par les RG pour arrêter des terroristes en flagrant délit et redorer un peu le blason du service" Un an plus tard, des fonctionnaires des RG cambriolent les locaux de SOS-Racisme, pour un assez maigre butin; une autre équipe propose même un jour d'ouvrir un «salon de massage» pour y photographier des personnalités imprudentes. Il s'agit parfois d'initiatives locales: on recommande aux RG parisiens de recruter des indicateurs, «mais la méthode employée par l'inspecteur Dufourg montre qu'il n'en a pas saisi toutes les nuances», note Zamponi, lorsque le fonctionnaire tire un coup de feu dans la porte d'un malheureux qui tente ensuite de se suicider. C'est le premier dérapage de l'affaire Doucé, qui conduit au meurtre du pasteur, toujours pas élucidé.

L'auteur fait le tour des autres affaires célèbres, des plombiers de l'Elysée au corbeau du juge Halphen, en passant par les écoutes du conseil national du PS, qui vaudront aux RG de ne plus travailler sur la politique tout en continuant à s'y intéresser. Francis Zamponi en sait évidemment bien plus qu'il n'en peut écrire. La précaution est louable, en des matières qui se prêtent au spectaculaire et à la manipulation. Il n'empêche: on aurait souhaité, ici et là, qu'il s'agisse «des coups tordus de Charles Pasqua» ou des manoeuvres d'un sous-directeur des courses et jeux, qu'il en dise un peu plus.

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